vendredi 30 décembre 2016

La boite de Pandore

Le corps est bien fait, il possède son armée d'anticorps pour se défendre des agressions extérieures, bactéries, virus ou autres infections. A la moindre brèche surgissent ses petits soldats prêt à donner leurs vies pour sauver leur hôte. Suite à cela les ouvriers viennent reconstruire sur les ruines. Mais l'esprit a aussi ses méthodes de protections et de défenses. Il détient un endroit bien enfoui, parfois même inconnu de celui qui l’héberge. Une sorte de coffre bien hermétique où il entasse les vieux dossiers classés sans suites. Du moins jusqu'à ce que quelqu'un mette la main dessus...
Je me rappel d'une séance chez la psychologue. Mon terrain faible est mon enfance et plus précisément mon grand père, substitue de mon père. Sa disparation fut donc pour moi très douloureuse, expliquant pourquoi je n'en parle jamais, pourquoi je vais que très (trop) rarement sur sa tombe. Le but de la psychologie est de déterrer les souvenirs difficiles à revivre pour justement en parler et éteindre les feux qu'ils provoquent. La psy avait donc décidé d'en faire son objectif du jour : parler de cet évènement douloureux.
Première abordage : "bon, parlez moi de votre grand père". Je ressens le cadenas de ma boite de pandore se verrouiller d'un tour de clé supplémentaire. Je réponds donc négativement "non, je préfère pas". Évidement, elle ne se laisse pas décourager, c'est son job : "il s'occupait de vous c'est ça?". Premiers souvenirs qui remontent à la surface et déjà premières fissures du coffre pourtant fabriqué dans un alliage très résistant, du moins ayant résisté à la persévérance du temps. Je ne sais déjà plus quoi répondre, gorge serrée, je suis déjà en difficulté! Gros silence... puis "non j'ai vraiment pas envie" le tout ponctué de larmes naissantes. Je suis perdu, elle a trouvé la clé, celle que je cache tous les jours dans un endroit différent. On finit donc par aborder le sujet car c'est dans ces moments de tristesses que que les paroles sont les plus pures, dénuées de mensonges, en provenance direct du cœur, plus aucun filtres...
Chaque serrure a sa clé. Elles sont faite sur mesure en fonction du contenu.Certaines permettent un accès complet, d'autres juste à une petite boite rangée dans un coin.Visiblement la mienne n'est pas très sophistiquée, facile à dupliquer et donne accès à tout. Ou alors j'avais laissé volontairement une entre-ouverture pour faciliter l'accès, je venais à cette séance pour cela après tout.
Les mécanismes de l'esprit sont puissants. On oublie pas vraiment les souvenirs douloureux mais on les occulte au point d'en minimiser leurs impacts. Je pense malgré tout que la contenance de ce coffre n'est pas sans limite, et elle varie en fonction des individus. D'où le principe de la goutte d'eau qui fait qu'un individu va craquer pour une broutille, trop plein à en exploser. Une fois de plus, les principes de pensées positives (méditation, acceptation etc.) permettent d'ouvrir la soupape pour libérer petit à petit le poison contenu dans la marmite. Ainsi on pourra le digérer et le tout sans brulure d'estomac...

Illustration : pour les fans de Zelda, bouclier de Link. Ultra solide (ouais j'suis un geek!)... moi qui pensais être protégé...

jeudi 9 juin 2016

Les mauvais raccourcis

Petite altercation entre mon fils et son instituteur. L’un (l’instituteur) se plaint d’insolence, l’autre (mon fils) d’avoir été pris par la gorge ( ?!!?). Le respect est d’après moi une règle de base prioritaire, mon fils doit le respect à son instituteur… mais cette règle doit s’appliquer dans les deux sens. Cette personne est malheureusement connue pour sa vulgarité et ses excès de violence (coups de pieds aux fesses des élèves, « pince du crabe » comme les enfants appellent sa technique de pincement derrière le cou, et donc pire encore : l’étranglement, témoignages des enfants ET des parents). Petite parenthèse sur le fait que les élèves l’adorent (syndrome de Stockholm ?). Bref, bien qu’il soit connu pour son éducation à l’ancienne et qu’aucun parent n’aie jamais porté plainte contre lui, de mon côté je ne tolère pas ce genre de geste choquant de la part d’un adulte vis-à-vis d’un enfant, encore moins le mien ce qui de plus banalise ce geste d’agression.
Pris de colère un matin, en amenant mon fils à l’école j’arrive devant ledit instituteur que j’interpelle pour une petite explication. Par je ne sais quelle pulsion de colère je le prends à la gorge en lui demandant si il était vrai qu’il avait appliqué ce même geste sur mon enfant. Paralysé par la surprise, il n’eut aucun geste défensif. Il se justifie en me disant qu’il était question de manque de respect ne niant donc pas son acte. J’avais ma réponse, inutile d’aller plus loin. Je clos le débat en relâchant mon étreinte et en lui disant que je le surveillais désormais et que cela ne devait plus se reproduire. Evidemment, je ne donne pas raison à mon fils à qui je fais la leçon devant son professeur concernant son comportement. Mais faire appliquer l’ordre par la violence ne me parait pas judicieux.
Je me doute que ceux qui me lisent se diront que mes écrits sont étranges, combattre la violence par la violence n’est pas très morale, surtout de la part de quelqu’un qui prône le respect, le calme, qui cherche à éviter ce poison qu’est la colère… mais j'ai faillit à ma ligne de conduite, la colère m'a submergée, c'est rare mais ça m'a permit de découvrir que mes limites n'étaient pas celles que je pensais... La violence est d’après moi le mode de communication des faibles, de ceux qui ne savent pas se faire entendre, comprendre ou respecter par le simple dialogue. Bien évidement je regrette cet épisode, j'aurais du privilégier le dialogue et m'entretenir en tête à tête (les autres enfants commençaient à s'attrouper autour de nous, ils sentaient venir le début d'un spectacle!! mais le réflexe animal ne fait pas de détail et tranche dans le vif)  mais je ne peux pas nier ce que j’ai ressenti pendant cet événement : une toute puissance (malsaine), imposer en un quart de seconde sa volonté par la violence est malgré tout jouissif. Bien sur je ne cautionne pas ce mode de communication primitif, qui d’après moi est enfoui en nous depuis la nuit des temps, mais je peux comprendre les simples d’esprits qui ont recours à cette méthode systématiquement. C’est un raccourci de communication nuisible mais qui donne un résultat immédiat (mais bien évidement pas pérenne), parfait pour les gens pressés qui n’ont pas le temps d’amener les choses par les mots, ou qui ne sont tout simplement pas doués de diplomatie.
J'hésite même à afficher ce texte sur mon blog tellement je ne me reconnais pas dans ces écrits mais c'est un fait, parfois on sort de ses gonds guidé par je ne sais quel acte de pseudo justice maladroite. A ne pas refaire, j'ai honte...

lundi 8 février 2016

Les leviers

Il y’a quelques semaines, j’ai assisté à une formation de management de projet. Le but de cette formation était donc de nous donner les clés de la réussite dans le domaine de la gestion d’un projet quelconque. Au fil de cette formation, un terme revenait souvent : les leviers. Le triangle QCD est la relation qui existe, dans un projet, entre la qualité, le coût et le délai. Il est impératif d’obtenir un équilibre, le plus parfait possible, entre ces trois éléments autrement une quatrième dimension, le risque, peut faire son apparition.
J’ai remarqué, dans mon existence personnelle et avec les maux que je cherche à combattre, qu’il était possible de transposer cette logique de gestion à ma vie personnelle. Les angoisses que j’ai pu vivre me prouvent une chose : que j’ai des carences en gestion du stress et en confiance en moi, que je n’ai pas eu les clés (génétiquement ou « éducativement ») pour surmonter ces manques. Il semblerait donc qu’une angoisse me soit difficile à combattre.
Au fil de mon cheminement, j’ai instinctivement fait une chose, j’ai atténué l’intensité de mes craintes (peur de l’abandon, peur de l’inconnu, manque de confiance et surement bien d’autres). J’ai donc activé un levier : celui qui gère l’intensité de mes craintes en réécrivant sa définition. Puisque je ne suis pas équipé pour combattre mes angoisses, je dois donc les atténuer, revoir leurs définitions pour amoindrir leurs intensités. Je ne sais pas agir sur mes défenses alors j’agis sur les attaques (que je génère moi-même c’est ça aussi le comble !!!).Concernant mon manque de confiance, je doute toujours d’être un bon père pour mes enfants, alors j’essaye de me convaincre que je fais de mon mieux. De la sorte, c’est bête à dire mais même si à mes yeux le résultat est moyennement satisfaisant, malgré tout, j’ai tout fait pour ne pas que cela soit pire (le résultat ne peut donc pas m’être reproché j’ai « tout donné » ! je ne sais pas faire mieux). Puisque je ne peux atteindre un objectif, je l’ai revu à la baisse. A chaque fois j’agis sur un levier pour compenser un manque, une difficulté… Dernier exemple, mon travail. J’ai peur de le perdre car j’ai peur de ce qui en résultera (perte de la maison notamment). Pour ne plus avoir peur de cela, je me suis armé de connaissance, de valeur, en suivant des formations notamment. Ainsi, si je perds mon travail, j’augmente mes chances d’en trouver un autre. J’ai donc activé le levier de la compétence pour compenser une crainte.

Tous ces agissements semblent fonctionner réellement. Certaines de mes craintes ne me touchent plus ou beaucoup moins et cela amène un apaisement. Quand le triangle QCD penche d’un côté plutôt qu’un autre, quand il ne tient plus en équilibre sur son centre de gravité, cela nous plonge  dans cette quatrième dimension qui est le risque, celui du mal être, celui que j’ai vécu un paquet d’année… Heureusement, il n’est jamais trop tard pour agir.

mardi 19 janvier 2016

Impermanence

En écoutant une émission de radio orientée  psychologie et philosophie, j'ai découvert un mot, un simple mot. Ce genre de mot qui peut changer beaucoup de chose à sa façon de penser et même d'être. Ce simple mot m'a appris que rien ne dure, les émotions, les états (mentales et physiques). Cela ne s'applique pas qu'à soi mais aussi au monde entier. Rien n'est figé, gravé, tout peut changer et tout changera de toute manière. "J'ai été et je serais" et non "celui que j'étais sera", cela peut se résumer de la sorte.
Ce mot permet de se relever d'une maladie. Mon état dépressif n'est pas définitif, il évolue et peut se transformer, évoluer vers le mieux et l'ouverture d'esprit, ce que je souhaite, ce vers quoi je tente d'aller. Mon état de départ n'est pas mon terminus, bien au contraire, il est mon point de départ.
Ce mot permet également de rebondir suite à un échec car tout échec ne sera pas suivi d'un autre. Grace à cet état d'esprit, il est possible de se dire que l'objectif fixé n'est peut être pas à notre portée parce que pas notre spécialité (je suis persuadé que chacun d'entre nous possède un don, le plus difficile étant de trouver lequel!). Cette émotion de déception ne sera donc pas pérenne, puisque l'erreur ne m’incombe pas, et suivra forcement d'un moment de gloire (la définition de gloire n'étant pas la même pour tous, inutile de viser trop haut!), impossible de croire ou penser que sur toute une vie, il n'y'aura aucun moment de bonheur!
On ne se trouve jamais à la hauteur de nos souhaits, trop gros ou trop moche, mais cet état physique n'est pas figé, tout peu changer. Il est possible de se plaire soit en l'état (en revoyant à la baisse ses critères) ou alors en se prenant en main pour correspondre à ce à quoi nous souhaitons ressembler ou être.
Les états mentaux ou physiques ont la faculté d'être modifiables à souhait. L'impermanence prend toute son sens dans ce contexte. La dépression est d'après moi un rejet, celui de l'esprit face à son état, face aux valeurs choisies (ou plutôt celles imposées par notre éducation, nos fréquentations, lecture ou émissions tv) à appliquer à sa vie, un comportement en inadéquation avec ses convictions etc. Tout cela peut donc changer, il faut juste ouvrir les yeux, faire un bilan et préparer un plan d'attaque, une introspection profonde permettant d'être en phase avec soi.
Cette quête est lente mais d'un intérêt profond tout autant que le trou que l'on devra creuser pour accéder aux réponses de valeurs. A chaque coup de pioche plus profond, les émotions seront plus cinglantes et puissantes.
Tout cela pour dire que tout mal être, toute tristesse, tout état de détresse etc. n'est n'est pas définitif. Mais malheureusement, cela s'applique aussi au bonheur, à la vie, et la sérénité, au bien être... Rien n'est acquis, tout s'entretient et tout nécessite une remise en question permanente... L'erreur n'étant pas tatoué à nos neurones, mais juste un signal de détresse à décoder.

mercredi 18 novembre 2015

Moi, j'ai rien dit!

Parfois, je me demande si je ne me mens pas à moi même. Alors, pour être au plus proche de mes émotions, de ce que je pense, de ce que je suis, parfois, je laisse mon subconscient répondre à ma place. Pour cela, rien à faire d'autre que de faire tomber les complexes (qui brident la pensée), laisse dire les "qu'en dira-t-on" et se mettre en mode "brute de décoffrage" comme je dis souvent...La vérité qui en découle est d'après moi la plus authentique...
Comme tous les ans, visite médicale de l'entreprise. Je me soumets au questionnaire habituel pour monter mon dossier. Les questions défilent, âge, profession etc. et pour la première fois, on me pose la question suivante : "vos parents sont ils toujours vivants?". Drôle de question?!? Je sens que cette question me touche et quand c'est le cas, quand je suis un peu bousculé émotionnellement, j'ai un peu de mal à réfléchir car je pars dans mes pensées. C'est à ce moment que mon subconscient prend le relais. Il décide donc de répondre "c'est compliqué.... je pense qu'ils sont vivants.... en fait, je sais pas...". Pourtant, je connais la réponse, mes deux parents sont bien vivants! Pourquoi ai-je répondu cela? L'infirmière, perturbée par ma réponse me répond avec un sourire de courtoisie "ok.... je ne vous demanderai pas de détails". Au fond de moi je me réponds "non, c'est mieux... car je n'ai pas la réponse...."
Mes deux parents sont donc bien vivants, l'un ne m'a pas reconnu à la naissance et malgré les retrouvailles ne donne pas de nouvelles, l'autre (ma mère) a décidé de partir à l'autre bout de la France. Au fond de moi je dois prendre cela comme un double abandon, comme la perte de mes deux parents d'où ma réponse à l'infirmière...J'avoue qu'à y penser je sens la colère monter alors qu'au fond de moi j'en veux à personne (peut être suis-je encore à l'instant en train de me mentir à moi même en écrivant cela?). On fait tous des choix, bons et mauvais. J'en ai fait moi même. On a toujours une raison d'agir, même les mauvaises actions sont justifiées par une explication qui paraîtra peut être logique qu'à la personne qui la commet.
Tout ça pour dire qu'il y'a deux façons de penser : une façon édulcorée, dénuée de vérité et de saveur, et une façon bien plus proche de soi. Il n'est pas très difficile de s'en rapprocher, il suffit juste de s'observer répondre ou penser. C'est ce que je nomme le troisième œil, celui qui m'observe et m'analyse comme une troisième personne quand je suis en société, ensuite nous débriefons et passons en revue les moments d'hypocrisies, de mensonges, de lâcheté... Mais nous vivons dans un monde ou ne devons bien paraître, ne pas dire ce qui blesse ce à quoi j'ai de plus en plus de mal à adhérer... Il faut choisir son camps!

lundi 5 octobre 2015

NON!

Je viens de prendre 40 ans et je découvre seulement maintenant le plaisir que procure le fait d'exprimer son mécontentement... Auparavant, soit je ne disais rien, soit je m'exprimais juste pour prouver que je suis là, que j'existe, même parfois à l'encontre de mon propre avis, lors d'une réunion ou d'un repas de famille par exemple.
Et cela pour deux raisons. La première est que je n'aime pas que l'on ne m'aime pas, c'est très enfantin mais pourtant toujours bien ancré au fond de moi (alors que je sais pour l'avoir vécu un paquet de fois qu'il est impossible de plaire à tout le monde malgré tout ce que l'on peut saccager pour cela, sa propre fierté par exemple). La deuxième parce que je n'aimais pas attirer l'attention sur moi, surtout qu'un désaccord amène forcement une justification et souvent un débat dans lequel je dois expliquer le motif de ma désapprobation.
Dernièrement j'ai expérimenté le fait d'exprimer mon mécontentement au lieu de fulminer intérieurement comme j'en avais l'habitude. Je fus donc confronté à un acte qui pourtant me concernant de loin finit par finalement me toucher de près (une histoire d'organisation au niveau de mon travail). Je sens donc la colère monter tout doucement en moi, les processus habituels de ravalement de fierté se mettre en marche, les excuses tout faite se former pour justifier les actes et agissements de cette même personne et ainsi éviter la confrontation. Et là un petit déclic, le genre de d'ouverture d'esprit qui non seulement autorise tout, mais aussi qui se fout complètement de l'avis des autres. J'introduis donc mon opinion d'un simple "NON! désolé, je ne suis pas d'accord avec ce que tu viens de faire". Là petit regard de surprise, l'étonnement, le genre de regard qui dit "oups, va falloir que je m'explique". Finalement, le plus gêné des deux n'est pas moi (contrairement à ce que je pensais) car celui qui doit des explications ce n'est pas moi mais l'autre. S’ensuit donc des balbutiements, voir bégaiements, ce qui finira pour cause de manque d'arguments de sa part par "bon bref, c'est mon avis" significatifs pour moi de victoire.
Ce petit jeu m'ayant donné un peu confiance en moi, je m'y exerce en allant moi même provoquer le débat auprès d'adversaires bien plus coriace (responsables d'agence par exemple). Chaque faille me sert de terrains d’entraînements et ma foi qu'il est bon d'apposer son mécontentement jusqu'à déstabiliser son adversaire! Que j'aime entendre "bon excuses moi je me suis mal exprimé" ou voir la personne regarder le sol pour se laisser un brun de temps à la réflexion supplémentaire. Qu'il est bon aussi de refuser quelque chose en ne tournant pas autour du pot, en donnant la raison réelle et non un motif "arrondi", dépourvu de détails vexant pour ne pas décevoir. Ne dire que la pure vérité sur ce que l'on pense et être accepté, ou pas. Mais peut importe, on ne peut pas plaire à tout le monde, même à sa propre famille...
J'espère ne vraiment pas être tombé dans le jeu du rapport de force du coq dans la basse court mais plutôt dans la démarche existentielle : j'existe et j'ai aussi un avis!
Tout ce que je sais est que je ressens ce besoin d'exister pour ce que je suis et non plus pour ce que les autres aimeraient que je sois.
Tout comme la course à pied me permet de prendre soin de mon corps (qui me le rends sous forme de bien être), l'affirmation de soi me permet de prendre soin de mon esprit et se transforme en confiance en soi.

jeudi 11 juin 2015

Les leçons de vie

Première rencontre avec mon frère, découverte totale. Il m'invite chez lui et me présente à sa famille. Je découvre donc sa femme et ses deux filles. Une des deux, 6 ans, est atteinte de cécité depuis la naissance. Je ne suis pas spécialement à l'aise avec les personnes "différentes", j'ai toujours peur de mal faire, ou d'être maladroit (ce qui s'est d'ailleurs passé mais bon, je pense que ses parents ont l'habitude).
La présentation commence par un "t'es qui toi?", phrase qu'elle s'est appropriée puisque certains, sur le ton de l'humour, la surnomme de la sorte. Je lui explique donc que je suis "son tonton" qu'elle ne connait pas encore. La journée se poursuit et la petite me sollicite souvent pour jouer à ses jeux. Nous commençons un coloriage et elle me dit "je vais faire un dessin avec du violet!"... un peu surpris de l'entendre parler de couleur, je joue donc mon rôle et dessine avec elle, elle toujours très naturel et finalement pas si différente. Elle me prend ensuite la main pour me diriger vers le canapé, toujours dans une mouvance qui ne laisserait pas penser qu'elle ne voit que la pénombre puis me dit toujours aussi naturellement "on regarde la télé?"... là j'avoue être un peu déstabilisé mais je la laisse faire et constate qu'elle tend l'oreille pour "regarder" son dessin animé. Tous ses sens sont en éveil pour combler celui qui ne fonctionne plus. Elle part ensuite jouer dans le jardin à cache-cache avec mes enfants, puis remonte dans sa chambre à l'étage, elle vit simplement comme on le fait tous. Mieux, elle ne se plaint de rien et elle est pleine de vie...
J'ai depuis l'enfance de fortes acouphènes qui parfois m'obsèdent et m'amènent à des états de stress aigu. Cela fait trente ans que ces sifflements et ces bourdonnements accompagnent mes nuits, heureusement la journée le bruit ambiant les couvre, mais le soir, quand le silence se pose, c'est la symphonie disharmonieuse. Suite à la rencontre avec cette petite, je culpabilise désormais de me plaindre intérieurement quand je me dis "foutue sifflement!". Même si l'âge est venu pour moi de porter des lunettes, car je commence à voir flou, je peux lire, contempler, regarder le visage de mes enfants... cela parait pourtant tellement banal mais finalement c'est un privilège.
On se dit trop souvent qu'il y'a toujours mieux, mais il y'a aussi toujours pire. Et ce qui est encore plus surprenant, c'est que ces personnes pour la plupart, croquent la vie! Pendant que nous, nous plaignons ;-)

Illustration : ce que voit ma nièce, juste les fortes sources lumineuses.

vendredi 5 juin 2015

La vie, la mort.... les émotions


Lors d'un week-end, je reçois un appel d'un membre de ma famille pour me dire qu'une de mes tantes, habitant proche de chez moi, ne donne plus de nouvelles. Elle ne décroche plus le téléphone et cela depuis plusieurs jours. Je suis donc missionné pour aller voir ce qui se passe.
Arrivé sur place, je frappe à sa porte, pas de réponse, ne serait-ce qu'une réaction dans la pièce principale de son petit apparemment. J'insiste, toujours rien, je clenche, porte fermée et toujours aucun mouvement. Au début je crois entendre une discussion mais ce n'est finalement que la télévision. Je fais le tour de l'appartement situé au rez-de-chaussée. Tous les volets sont fermés... à l'exception d'un qui tenait juste avec le loquet.Etant fumeuse, elle avait l'habitude de laisser ses fenêtres et volets entre-ouverts pour évacuer les odeurs, ce qui fut le cas ce jour. J'ouvre donc et l'appel d'un simple "t'es là?" Toujours aucune réponse. Ce jour là, il faisait beau et le soleil brillait. Mes yeux peinaient à s'adapter à la pénombre de la pièce qui s'ouvrait à moi.... jusqu'au moment où je vois sur son lit son corps allongé, comme endormi. Toujours sous l'effet de l'éblouissement, je l'appel aveuglément "hé, réveilles toi! hé ho!". Finalement la persistance rétinienne s'estompe, mes yeux s'accoutument à l'obscurité et les détails de la scène s'affinent et se révèlent, je finis par comprendre que le corps gisant est dépourvu de vie. La suite : appel des secours, intervention des pompiers, gendarmes, médecins et enfin pompe funèbres (je passe l'interrogatoire que j'ai subi car mort suspecte et donc enquête ainsi que le comportement (rires et autres blagues) des différents intervenants pour qui ce qui se passe n'est qu'une journée de travail ordinaire... mais je ne leur en veux pas, je les comprends même, c'est juste déroutant).
Cette tante a une histoire, celle d'une petite fille adoptée par mes grands-parents et donc élevée avec moi qui ai passé une grande partie de ma jeunesse chez eux. J'ai beaucoup de souvenirs avec elle et mes enfants l'aimaient beaucoup. J'avais beaucoup de plaisir à l'inviter à mes repas de famille...
Mais alors pourquoi ne suis-je pas plus triste que ça? J'étais perturbé, je m'endormais en pensant à elle et elle apparaissait dans mes rêves, mais aucune larmes ne me venaient.
S'ensuivent les cérémonies funéraires. Effusions de larmes et de tristesses, des adieux très difficiles de part la mise en scène de l’événement, le choix des musiques et des discours, tout était réuni pour la naissance des émotions... d'ailleurs certains craquent inhabituellement (membre de ma famille "à la larme difficile" et même une personne des pompes funèbres qui pleure en cachette!), mais moi toujours rien... je suis attristé bien sure, mais pas effondré, je ressens ce manque qui ne sera plus jamais comblé, comme pour toute longue séparation, mais la page se tourne vite, du moins, je crois, je l'explique comme cela.
Les cendres sont ensuite répandues au jardin des souvenirs de ma commune et cette fois c'est la fin. Son corps et son âme n'existent plus, ce n'est pas un cauchemar, c'est la réalité, ce qu'elle fut n'est plus.
Au jour de cette écriture je suis au lendemain de cet épisode tragique, j'ai pour habitude de tester mes émotions au travers de la musique, malgré la tristesse de celles choisies, je repense à elle avec joie et plaisir, ses petites bêtises d'enfants, ses petites anecdotes, tout ce qui faisait sa vie me revient et me donne du bonheur. D'ailleurs ce matin, je me sens envahi de joie, encore plus déroutant pour quelqu'un qui se demande pourquoi il n'est pas si triste.
Je pense qu'elle aurait préféré cela... je me dis peut être cela pour me rassurer...

Illustration : pendentif que je voyais accroché à son cou pendant mon enfance, il y'a plus de 30 ans... je le conserve en héritage...

jeudi 28 mai 2015

Les petites victoires

Je me rappel d'une histoire raconté par un docteur qui expliquait qu'un de ses patients était stressé à l'idée de se faire ausculter. A chaque visite son stress montait (impossible de relever la valeur correct de sa tension). Une fois, il ressort de la salle en se rendant compte que son anxiété ne l'avait pas submergé. Sur ce il rentre chez lui et reprend le cours de sa vie. Lors de sa visite suivante, il raconte cela au docteur qui lui fait remarquer que cette étape anodine ne l'est pas tant que cela, qu'il faut justement s'en féliciter, y repenser et s'en réjouir!
Nous avons tous tendance à ne penser qu'aux mauvais moments et oublier les bons. C'est un réflexe naturel.
J'essaye également de remédier à cela. Quand il m'arrive d'avoir une crise d'angoisse (incomparable avec celles que j'ai subi il y'a 3 ans, bien plus gérable, plus courte, moins intense, mais quand même!), à chaque fois qu'elle se termine, à chaque fois que j'en sors, je savoure cette petite victoire. Une brique de plus à la muraille. C'est peut être également pour cela qu'après je ressens comme un petit bonheur, celui d'une nouvelle conquête. Un trophée de plus au tableau.
Je pense, je suis persuadé même, que la façon de penser peut changer, durablement. Qu'il suffit de penser essentiellement aux bonnes choses pour égayer un peu son moral. Que les ramifications du cerveau ne sont pas scellées et que nous pouvons en fabriquer d'autres. Ce qui explique également les modifications que peut apporter la méditation sur l'esprit. Que la pensée positive peut changer le sens du vent auquel sous soumis nos émotions.
Je discutais de tout cela avec une psychologue qui disait que les connexions neuronales ne pouvaient pas être supprimées mais que de nouvelles connexions pouvaient se développer pour les contourner. Sous entendu que les automatismes d'activation de l'anxiété, la dépression etc. pouvait donc être rééduqués.
A l'image des enfants bercés dans les compliments qui donneront des adultes sûrs d'eux, l'esprit à besoin d'être mis en valeur pour gagner en confiance. Il faut donc se délecter de nos réussites et étouffer la rengaine obsédante des échecs.

vendredi 15 mai 2015

La vie en noir et blanc

Le bon côté des antidépresseurs (hormis la phase d'adaptation qui est affreuse voir insupportable) est qu'ils aplanissent les émotions. Mais ce bon côté est aussi le mauvais car si ils réduisent l'amplitude des émotions négatives, ils appauvrissent aussi la puissance de celles qui sont positives.
Parfois, dans mes périodes philosophiques, je me dis que finalement, ce médicament me rend banal, me met dans la peau de monsieur tout-le-monde devenant ainsi une personne sans émotions, n'opposant donc finalement aucune résistance à la vie que les dirigeants veulent que nous ayons tous. Car finalement, c'est "crises" que je ne peux contenir parfois ne sont rien d'autres que des rejets de ce que le monde moderne nous impose. Inconsciemment je rejette cette façon de gagner ma vie qui fait de nous des fourmis juste bonne à travailler et à se taire voyant les uns et les autres tomber, ou cet quidam qui suit son train-train travail-enfants-dodo. Mais là je psychote sur une improbable machination mondiale...
Dans mon "malheur" j'ai la chance de ne pas prendre de surdose, ce qui fait que parfois, de belles émotions se faufilent et arrivent à traverser les nuages gris. C'est à ce moment que je me rends encore mieux compte à quel point la vie peut être belle. Quand le simple fait de contempler la nature me rend heureux ou de me rendre compte de la chance que j'ai d'avoir cette simple vie (car une vie simple est ce que je veux vivre), cela me remet les pieds sur terre et me permet de mieux m'imprégner de ce privilège que j'ai d'être simplement là où je suis avec ceux qui m'entourent.
Ce médicament aura eu finalement le grand avantage de m'ouvrir les yeux sur les choses réellement importantes. J'ai de moins en moins de besoin, je me nourris de simple chose. L'argent, même si j'en ai besoin et même si cela me rassure d'avoir une petite réserve, n'est plus ma priorité. Pire (ou mieux je ne sais pas encore), je culpabilise à m'acheter ces petites choses qui me donnaient auparavant tant de plaisir (était-ce donc futile?!?). Même si se faire plaisir fait parti des petits objectifs de la vie, cela m'a permit de me réorienter car seules les émotions vraiment puissantes arrivent à surpasser "l’atténuateur-émotionnel" que sont les antidépresseurs. Les émotions parasites ne me parviennent plus, celles qui nous poussent aux achats plaisirs compulsifs (pour accéder à un pseudo bonheur, éphémère donc).Quand je ressens donc de belles émotions, c'est qu'elles sont puissantes, c'est que je suis dans le vrai, c'est que je deviens celui que je veux devenir...

Illustration : issu du film "The giver", film dans lequel les habitants prennent quotidiennement un médicament pour éradiquer toutes émotions permettant ainsi de contrôler ce peuple...